Le couloir de débarquement des avions était interminable. Il se finissait par un escalier qui surplombait un gigantesque hall, où chaque passager devait attendre dans sa ligne, bien sagement, pour pouvoir montrer patte blanche. Un « Bienvenue au Québec » était lancé par l’agent des douanes canadiennes. Putain, ça y est, j’y suis. Juste devant ce gars avec son uniforme, sévère, à peine souriant, il me mate comme s’il avait jamais vu un petit français débarquer devant son crisse de comptoir. Il passe en revue ma déclaration, mon passeport, il me dévisage. Et voilà une série de question, ce que je viens faire, combien de temps je vais être ici, où je vais rester ? Mais qu’est-ce que j’en sais moi où je m’en vais, ce que je viens y faire et combien de temps je resterai là. Ce que je sais c’est d’où je viens et ce que je fuis, et ce que j’espère c’est avoir une vie meilleure, être libre tout simplement. Mais ça, le pauvre type, il ne pouvait pas savoir, il ne devait surtout pas savoir. Je n’allais quand même pas lui dire que j’étais en fuite.
Plus que quelques mètres, et me voilà enfin arrivé. Ces formalités me paraissaient interminables. Il m’avait finalement tamponné mon passeport. Fallait que je descende récupérer mes bagages. Oui je n’allais quand même pas filer en douce sans apporter quelques petits souvenirs avec moi… Je changeais de vie mais y avait bien quelques petites choses dont j’avais encore besoin.
J’avais l’impression que ça faisait deux heures déjà que j’étais arrivé sur le sol canadien, et toujours pas sorti de l’aéroport. Si tout est aussi long que ça ici, je vais jamais m’en sortir. J’aime bien que les choses aillent vite et bien. Un peu nerveux, moi ? Non, juste décidé.
Le tapis de bagages tournaient et retournaient sans cesse. Des valises dans tous les sens, des sacs en vrac, je n’apercevais même pas mes bagages.
J’avais bien pris soin de mettre un cadenas sur chacune des trois valises que je me trimbalais, ça aurait été bête que n’importe qui puisse voir ce qu’il y avait dedans.
Les voilà enfin, évidemment à l’autre bout du tapis, mais je n’étais plus à une minute près. Un chariot traînait là, probablement à quelqu’un peu méfiant qui a dû aller récupérer ses bagages. Ca faisait bien mon affaire. Après tout c’est comme en tôle, chacun pour soi.
Nom de Zeus, le parcours du combattant n’était pas terminé. Fallait encore me taper un sacré couloir au bout duquel deux lignes étaient tracées et où nous attendaient encore des agents des douanes. Droite, gauche, mon cœur balance. Allez, au hasard je choisis la ligne de droite, une bonne femme, c’est plus gentil une femme qu’un homme, plus doux aussi, et surtout moins fort, ça je peux le dire avec le nombre de femmes qui sont passées entre mes mains…
Encore un papier à donner, toujours la même foutue fiche de renseignements, il me l’avait tamponnée et avait griffonné des lettres, l’autre cerbère. La femme regarde ça, et, encore une fois, me dévisage. C’est une manie dans ce pays de dévisager les gens. Ils nous prennent tous pour des criminels ? Ah je me marre, s’ils savaient!
Celle-là, d’ailleurs, je l’aurais bien ajoutée à mes trophées. Plutôt bien roulée, ils les choisissent pas mal dans les douanes canadiennes. A part son accent à couper au couteau, elle était bien à mon goût. Je me suis plu un instant à imaginer son visage rougir sévèrement quand mes dix doigts serreraient gentiment et avec tant de douceur son joli coup élancé. Oh là je m’égare, je dois encore rester bien sage.
Fiche, passeport, enfin faux passeport, et « rien à déclarer »… Là je crois que je terminais mon initiation aux formalités douanières. Ca a été long, mais le couloir se finissait bientôt et j’apercevais les premières silhouettes de ceux qui attendaient les passagers dans le hall d’arrivée de l’aéroport, impatients de retrouver les leurs. Quant à moi, il me fallait maintenant retrouver Paulo le caïd… on m’avait dit qu’il aurait un jean, un t-shirt blanc et un blouson en cuir noir. Rien de très reconnaissable, banal somme toute…
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